Agriculture et qualité de l’eau dans le Gers : comprendre et agir pour préserver l’avenir
Le Gers est un département où la majorité de l’eau potable est issue de ressources superficielles, donc plus sensibles au risques de pollution.
C’est aussi un département important en matière d’agriculture, et notamment de grandes cultures. Qualité de l’eau et pratiques agricoles sont donc liées, notamment au regard de l’usage des produits phytosanitaires.
LIA intervient sur ce territoire depuis 2022 pour faire émerger des chemins de changements praticables et à la hauteur des enjeux.
Des substances sous vigilance
Les institutions (ARS, Etat, Agence de l’eau, Collectivités…) sont responsables du contrôle et de la sécurisation de la qualité de l’eau utilisée pour l’eau potable. En 2021, suite à un certain nombre d’alertes liées à la présence de substances phytosanitaires dans l’eau, le préfet a demandé aux collectivités distributrices (PRPDE) de mettre en place des plans de prévention pour agir pour la préservation de la ressource.
Dans un département où la population est principalement alimentée par des captages d’eaux de surface, les territoires concernés par ces enjeux préventifs sont très importants, à l’échelle de grands bassins versants des principales rivières (Gers, Baïse, Gimone…), et concerne des milliers d’agriculteurs.
Les collectivités en charge de la distribution de l’eau n’ont ni la compétence juridique, ni l’expertise technique pour agir sur de tels territoires et sur ces problématiques agricoles.
C’est dans ce contexte que le LIA a été sollicité par les institutions (Etat, Agence de l’eau, ARS…) pour mener, pour le compte des collectivités, un travail à l’échelle des principales zones concernées. Il s’agissait à la fois de diagnostiquer le problème au plus près des situations des agriculteurs, et de proposer des pistes d’action.
L’intervention a eu lieu sur 4 bassins versants, correspondant à 4 situations de captages dont la qualité de l’eau est impactée par la présence de produits phytosanitaires :
- =Gimone (Gimont)
- =Sud Gers
- =Tarsac / Tasque
- =Baïse (Condom)
Sur chaque zone un travail de collecte, d’organisation et de mise en lisibilité des données territoriales pertinentes permet de visualiser les enjeux relatifs à la qualité de l’eau et aux produits phytosanitaires. Une plateforme numérique publique a été développée (HECATE) et permet l’accessibilité à ces données.
LIA a déployé une démarche de diagnostic agricole, pour comprendre la réalité des situations vécues par les agriculteurs. Elle s’est déroulée en 3 temps :
1-La sélection d’un échantillon d'exploitations à enquêter
L’objectif est de couvrir la pluralité des situations de production et des démarches de filières dans lesquelles sont engagés les agriculteurs. La sélection se fait à partir d’une typologie initiale (ici Inosys), qui permet le tirage au sort de l’échantillon. L’approche par tirage au sort permet de s’affranchir de certains biais de sélection. Les agriculteurs contactés sont ensuite libres d’accepter ou non de participer au processus. Sur le Gers, envrion 80 agriculteurs ont été enquêtés.
2- Enquête terrain des exploitations
Des entretiens approfondis sont alors réalisés avec les agriculteurs (1/2 journée par agriculteur), sur la base d’une grille d’entretien qui permet d ‘explorer leur contexte de production, la stratégie de valorisation économique de leur production, et leur rapport à l’usage des produits phytosanitaires sous l’angle de la qualité de l’eau.
Chaque entretien donne lieu à la rédaction d’un rapport de diagnostic confidentiel et d’un retour individuel à l’agriculteur pour validation des informations.
3- Analyse territoriale (extrapolation à l’ensemble de la zone)
Rédaction de scénarios
Présentation de ces scénarios aux agriculteurs de la zone enquêtée

Concertation technique
Tout au long de cette phase, les principaux acteurs concernés (DDT, Agence de l’Eau, collectivités, Chambre d’agriculture, coopératives…) ont été associés pour s’assurer de la bonne orientation des travaux et faciliter leur appropriation ultérieure pour l’action.
En complément des enquêtes agriculteurs, LIA a rencontré les personnes responsables de la production et distribution de l’eau (PRPDE) de chaque zone, ainsi que les acteurs économiques agricoles (coopératives, entreprises…) à la fois pour les informer, mais aussi pour comprendre leur positionnement stratégique.
Cette première phase de travail a donné lieu à la rédaction d’un diagnostic complet et d’une proposition de cadre d’action systémique, qui ont été présentés aux acteurs début 2025. Le cadre d’action s’articulait autour de 6 orientations :
- =Co-construire et partager des connaissances pertinentes pour l’action
- =Proposer aux agriculteurs des dispositifs adaptés à leurs besoins immédiats et favorables à la qualité de l’eau
- =Renforcer le système de conseil et d’accompagnement
- =Renforcer les stratégies de diversification et d’organisation de filières locales et de niche à moyen terme
- =Accompagner la transition des filières classiques en lien avec les enjeux de qualité de l’eau à moyen/l long-terme
- =Construire une gouvernance territoriale pour mettre en œuvre les actions
Mise en œuvre du cadre d’action : l’approche par démonstrateurs
Parce que l’approche du changement que nous proposons est systémique, elle ne peut se construire que par des processus itératifs, multi-niveaux, où chacun (agriculteur, conseiller, acteur du développement, institution…) apporte sa contribution à l’expérimentation et l’innovation. Il faut pour cela des territoires expérimentaux : les démonstrateurs Sud Gers et Gimone.
Dans ces démonstrateurs, les dimensions suivantes sont travaillées depuis 2025 :
- =Une animation de territoire, portée par les syndicats de bassin, avec l'appui de LIA.
- =Un réseau d’expérimentations agronomiques de proximité, chez les agriculteurs, permettant de tester in situ et de donner à voir des changements de pratiques.
- =Un chèque conseil, accessible aux agriculteurs des deux zones, pour qu’ils puissent solliciter un accompagnement conseil sur le changement de pratiques. Ce chèque conseil, financé par l'Agence de l'eau Adour-Garonne, est « cadré » par un cahier des charges construit par LIA, validé par les institutions, garantissant sa contribution aux objectifs de progrès sur la qualité de l’eau. Ce chèque conseil concourt à dynamiser une offre de conseil actuellement insuffisante sur zone.
- =Des cibles pour l’action et des indicateurs de territoire, permettant aux institutions (syndicats de bassins, PRPDE, DDT, Agence de l’eau , ARS…) de fixer des objectifs et de mesurer un impact des démarches menées dans le démonstrateur.
- =La plateforme numérique publique (HECATE) qui permet une lecture actualisée des données de référence décrivant la situation territoriale (qualité de l’eau, achats substances phyto, assolements etc). Cette plateforme est développée en parallèle de l’intervention de LIA, et est actuellement déjà disponible. Le démonstrateur permettra de tester sa pertinence pour le dialogue territorial.
- =Des démarches d'innovation pédagogique en lien avec le lycée agricole d'Auch.
Ce que cette démarche a permis jusque-là :
La réalisation d’un diagnostic de la situation agricole du Gers, en axant ce diagnostic sur les pratiques ayant un lien avec la qualité de l’eau.
L’élaboration d’un cadre d’action.
La création des deux zones de démonstrateurs territoriaux
La création d’un chèque conseil avec un cahier des charges afférent selon le niveau d’engagement.
